« Le plus important, ce n’est pas de faire des choses pour les personnes qui sont pauvres et en souffrance, mais d’entrer en relation avec elles, d’être avec elles, et de les aider à trouver confiance en elles et découvrir leurs propres dons. »

JEAN VANIER

1928 - 2019

Philosophe, auteur, guide spirituel et moral, fondateur de communautés accueillant des personnes avec et sans handicap intellectuel… et avant tout, disciple de Jésus et artisan de paix…

ARTISAN DE PAIX

Jean aurait pu prétendre à un grade élevé dans la marine. Mais, profondément choqué par l’Holocauste et le largage des bombes atomiques sur le Japon, il se sentait de plus en plus attiré par la prière, et a finalement obéi à un appel intérieur qui l’invitait à quitter la marine pour se consacrer à la promotion de la paix.

Il aurait pu également faire une belle carrière universitaire après sa soutenance de thèse sur Aristote. Il a été un professeur de philosophie passionnant et stimulant, mais au lieu de gravir les échelons habituels du succès, il sentait que son appel le guidait ailleurs. Il a revu sa compréhension de la réussite. Pour lui, il était question de relation et non de la « tyrannie de la normalité » comme il l’a exprimé plus tard.


« Le principe fondamental de la paix c’est de croire que chaque personne est importante. Est-ce que vous croyez que vous êtes important ? Est-ce que vous croyez que nous pouvons faire quelque chose pour rendre ce monde meilleur ? »

– Jean Vanier –

HOMME DE FOI

Son désir le plus profond était de suivre Jésus, son inspiration et son soutien, et de vivre l’Evangile de façon radicale et fidèle. Ayant renoncé à toute quête de pouvoir et de statut il rencontra des personnes en situation de handicap intellectuel, et découvrit  alors une plénitude de vie et de joie dans la simplicité de la vie quotidienne partagée avec ces personnes. 


« Je crois profondément que Dieu se cache dans le cœur du plus petit d’entre nous, dans le plus faible de tous, et si nous nous engageons auprès du plus petit, nous ouvrons un monde nouveau. »

– Jean Vanier –

FONDATEUR

Le tournant décisif dans la vie de Jean a lieu en 1963*, lors de sa première visite dans une institution pour personnes en situation de handicap intellectuel. Il est touché par la profondeur de leur ‘appel à la relation’. Sa réponse est simple : acheter une maison, et inviter quelques-uns des hommes de cette institution à venir vivre avec lui. C’est ainsi qu’a commencé L’Arche, suivie, quelques années plus tard, par Foi et Lumière, qu’il a fondée avec Marie-Hélène Mathieu. Portées par un élan d’enthousiasme ces deux mouvements ont rapidement essaimé à travers le monde.

L’Arche compte aujourd’hui 154 communautés dans 38 pays ; Foi et Lumière 1500 communautés dans 83 pays ; dans ces communautés des personnes avec et sans handicap intellectuel peuvent trouver un lieu d’appartenance, lors de repas fraternels autour d’une même table, ou dans le partage de la vie quotidienne. Jean a inspiré Foi et Partage en Amérique du Nord, et Foi et Amitié en Irlande du Nord. Intercordia, un autre mouvement inspiré par Jean, invite des étudiants à faire une expérience interculturelle en vivant parmi les personnes pauvres et marginalisées dans les pays en voie de développement.

Jean a été un défenseur infatigable des personnes rejetées et marginalisées par la société, inspirant aussi d’autres organisations au service des personnes en situation de handicap intellectuel. Son message a touché bien des cœurs, indépendamment des convictions religieuses ou politiques de chacun. Son désir profond de suivre Jésus l’a conduit directement à accueillir toute personne désireuse de partager sa vie avec des personnes en situation de handicap intellectuel et d’œuvrer pour la justice.

Jean Vanier et Père Thomas Philippe

« Ces communautés sont des écoles du cœur qui ont transformé la vie d’un nombre incalculable de personnes à travers le monde. »
— Jean Vanier —

HOMME DES RELATIONS

Il a vécu pendant plus de 50 ans les hauts et les bas de la vie communautaire avec des personnes avec et sans handicap intellectuel. Il a noué des amitiés fidèles, pas seulement avec des personnes de L’Arche à Trosly, la communauté qu’il a fondée en France, mais dans nombre de pays différents où L’Arche et Foi et Lumière se sont implantées. Dans le quotidien de la vie communautaire, il a appris qu’il faut passer d’une générosité de service envers ceux qui sont dans le besoin à la joie d’être en communion avec eux.


« Jean Vanier n’hésitait pas à s’assoir et manger avec les personnes en situation de handicap. C’est ça qu’il voulait faire: inviter les gens chez lui. A L’Arche, il ne s’agit pas juste de recevoir le nombre d’heures de soutien auxquelles j’ai droit, il s’agit de prendre soin des autres en tant qu’amis. » 

– Richard Keagan-Bull, membre de L’Arche à Londres (personne accueillie)

MESSAGER

Toute sa vie, Jean a voulu révéler les dons des personnes en situation de handicap intellectuel, leurs qualités de cœur, et les faire découvrir à un monde qui en a tant besoin. Il a découvert que celui qui est différent n’est pas une menace à craindre, mais un trésor qui peut enrichir notre vie. Il a écrit plus de 30 livres, traduits en 29 langues, et a été filmé à de nombreuses reprises, partageant toujours avec passion ses réflexions sur la vulnérabilité de l’homme, la communauté et la spiritualité.  

Jean a reçu de nombreuses récompenses, telles que le Prix International Paul VI, remis par le Pape Jean-Paull II en Italie en 1997, le Prix du Rabin Gunther Plaut ‘Humanitarian Award’ au Canada en 2001, le Prix Templeton à Londres en 2015… mais le plus grand honneur qu’il ait reçu est peut-être lorsque Jean-Pierre Crépieux – première personne en situation de handicap intellectuel à recevoir cette récompense- a été décoré de la Légion d’Honneur, la plus haute distinction en France.

 

« Nous ne sommes peut-être pas tous appelés à faire de grandes choses qui font les gros titres, mais nous sommes tous appelés à aimer et à être aimés, où que l’on soit. Nous sommes appelés à être ouverts et à grandir dans l’amour et donc à donner la vie aux autres, plus particulièrement ceux qui sont dans le besoin. »
— Jean Vanier —

HOMME D’UNITÉ

Jean a changé la manière dont nous percevons les personnes en situation de handicap intellectuel et ce que veut dire pour nous être pleinement humain. Il voyait les personnes en situation de handicap intellectuel comme une source de vie pour nous tous, comme des acteurs de changement dans la société. Son rêve, c’était une révolution de la tendresse, pour une société empreinte de plus de compassion, plus inclusive. Il voulait que le cœur trouve sa place dans les services de soins aux personnes. Il a fait tomber les barrières qui divisent les gens, désirant un monde où chacun soit reconnu et affirmé comme étant unique et précieux. 

Il a vu que L’Arche a quelque chose à offrir au monde. C’est le signe qu’il est possible de vivre en communauté lorsqu’on voit la différence comme un don et non comme une menace.

« Quels que soient nos dons ou nos limites, nous sommes liées les uns aux autres par une humanité commune. Chaque personne a une valeur unique et sacrée, et nous avons tous la même dignité et les mêmes droits. »
— Jean Vanier —

Homme de présence et d’écoute

Jean a inspiré un nombre incalculable de personnes. Beaucoup ont pu dire : « Je me sens mieux en sa présence, je me sens aimé et écouté. » Lorsqu’on a demandé à Angelika Mandaiker, en Inde, ce qu’elle avait pensé de Jean Vanier la première fois qu’elle l’avait entendu parler, elle n’a même pas fait mention de son intervention : « J’ai été tellement touchée par la façon dont il écoutait, par la façon dont il était présent à chaque personne. »

Beaucoup ont senti un appel à changer de vie et ont découvert le but de leur vie après avoir participé à une retraite ou une conférence de Jean. En rencontrant Jean lors d’une retraite en 1971, Jo et Pat Lenon ont été immédiatement frappés par son humanité et sa compassion : « C’est grâce à lui que nous avons découvert notre vocation dans L’Arche. Ses mots ‘Je fais confiance à l’Esprit qui travaille en vous’ nous ont guidés pour fonder une communauté de L’Arche (à Calgary, au Canada) et choisir L’Arche comme vocation pour toute notre vie. »

 

« Aimer une personne, ça ne veut pas dire simplement faire quelque chose pour elle… Aimer une personne, c’est lui montrer qu’elle est belle, qu’elle a de la valeur et de l’importance ; c’est la comprendre, comprendre son cri et ce qu’elle exprime avec son corps. »
— Jean Vanier —

HOMME DU PARDON ET DE LA FÊTE

Jean a appris au fil des années que « Le pardon et la célébration sont au cœur de la communauté. » Il dit : « Ce sont les deux facettes de l’amour. »  Jean Vanier, « La communauté, lieu du pardon et de la fête ». Il savait qu’il n’était pas un saint. Au dernier rassemblement international de L’Arche auquel il a participé, il a demandé pardon à tous ceux qu’il avait pu blesser par son entêtement au nom des personnes en situation de handicap intellectuel. 

En repensant à sa vie, Jean, l’œil pétillant, disait souvent en souriant, « Qu’est-ce qu’on s’amusait ! Qu’est-ce qu’on rigolait ! » Il voulait que chacun d’entre nous découvre ce qu’il avait découvert : comment l’amitié avec une personne en situation de handicap intellectuel peut nous libérer et nous faire vivre en plénitude une vie de célébration et d’espoir qui nous aide à bâtir un monde meilleur. Il était convaincu que nous pouvons changer le monde, un cœur à la fois, à commencer par notre propre cœur.

« La grandeur d’une personne réside dans son cœur. »

– Gandhi –