LDA 129: Serviteur et berger: l’autorité à L'Arche
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Où trouver le leadership qui désire réellement amener chacun à la liberté? L'expérience montre qu'il n'existe pas de recette toute faite, qui apporterait des résultats garantis. Ce n’est peut-être pas surprenant, étant donné la grande diversité de la vie humaine. Mais même si nous n’avons pas la recette exacte, il semble évident que certains ingrédients sont indispensables...
L’autorité prend de nombreux visages. Parfois, elle peut générer de la peur, comme le montre la vieille histoire de Staline, le dictateur soviétique. Staline voulait apparemment savoir s’il était vraiment si populaire que ses conseillers ne cessaient de lui dire. Alors, un après-midi, il s’est échappé du Kremlin, en toute discrétion, est allé au cinéma, et s'est assis sans qu'on le remarque parmi les spectateurs. A la fin du film, l’hymne national a retenti, et le visage de Staline est apparu à l'écran. Tout le monde s’est levé pour chanter avec enthousiasme. Staline est bien sûr resté assis, ravi de voir par lui-même cet acte d’allégeance spontanée. Puis quelqu’un derrière lui s’est penché et lui a murmuré dans l’oreille: «Croyez-moi camarade, nous pensons tous la même chose que vous, mais pour votre bien, il serait préférable que vous vous leviez pour chanter comme tout le monde!»
Si à un extrême, on assiste à un autoritarisme écrasant de contrôle, à l’autre, on peut trouver un vide politique. C’est ce qui se passe lorsqu’une personne, chargée de l’autorité, refuse d’assumer son propre rôle, peut-être par crainte de devenir un petit dictateur, et donc de perdre ses amis. C'est plus ou moins ce qui s'est passé à mes débuts à L’Arche Inverness il y a 30 ans: nous, les jeunes assistants, étions tous assez ambigus par rapport à l’autorité. Mais tout le monde du foyer Braerannoch n’avaient pas les mêmes doutes, et le vide a rapidement été comblé par ‘Ricky’, une des personnes accueillies à L’Arche. Il disait souvent, et avec insistance, «Je suis responsable!», ce qui devenait assez agaçant, mais nous ne pouvions nous en prendre qu’à nous-mêmes, car ‘Ricky’ réagissait simplement à notre propre réticence à lui apporter l’atmosphère de sécurité dont il manquait cruellement.
La vérité, c’est qu’une «bonne» autorité apporte sécurité et liberté. Dirigés avec sagesse, nous pouvons nous détendre et vivre davantage en paix les uns avec les autres, en sachant que nous sommes bien «tenus». Un bon leadership crée le type d’atmosphère où la confiance et l’ouverture peuvent régner, où nous pouvons grandir en maturité et accepter notre propre autorité.
Mais où trouver une telle autorité libératrice? Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des exemples d'autorité opprimante. Mais où trouver le leadership qui désire réellement amener chacun à la liberté? L'expérience montre qu'il n'existe pas de recette toute faite, qui apporterait des résultats garantis. Ce n’est peut-être pas surprenant, étant donné la grande diversité de la vie humaine. Mais même si nous n’avons pas la recette exacte, il semble évident que certains ingrédients sont indispensables. C’est certainement pour cette raison qu’en révisant notre Constitution internationale en 1999, nous avons placé au tout début du texte six principes structurels clés, dont l’autorité de service. Combinés, ils nous rappellent l'esprit dans lequel toutes nos structures et tous nos responsables doivent fonctionner, ainsi que l'objectif global auquel L’Arche aspire: permettre à chacun de s’épanouir dans des relations de confiance qui offrent une véritable liberté.
Nous vous souhaitons une bonne lecture de cette édition des Lettres de L’Arche et restons ouverts à tout commentaire sur les sujets traités; cependant, nous ne garantissons pas de pouvoir publier tous les courriers. Un exercice d'autorité éditoriale, qui, nous l'espérons, apporte le type de sécurité que ‘Ricky’ apprécierait!
Jim Cargin
Coordinateur de la communication internationale
jim.cargin@larche.org