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De l’acrobatie au Cirque du Soleil de l’Arche


Aujourd’hui, j’ai été voir un spectacle du Cirque du Soleil. C’était comme si j’étais entrée dans un autre monde. Les acrobates ont fait leur show sans dire un seul mot. Ils ont fait des manœuvres impossibles, se sont penchés, ont volé, flotté dans l’air, se sont lancés, se sont bousculés. Quel chantier ! Cependant, chaque acrobate a fait ce qu’il devait faire et ensemble, ils ont réalisé l’impossible. L’ensemble était un vrai régal pour les yeux et a entraîné l’audience dans un monde fou et beau.

Je m’appelle Anja et j’habite dans la communauté de L’Arche d’Anvers, une communauté où des personnes avec ou sans une déficience intellectuelle partagent leurs vies. Avec les personnes de notre communauté, je ne tenterais pas de faire la même chose que les acrobates du Cirque du Soleil. Quoique, quoique…

La semaine passée, Luc est venu manger chez nous. Luc est dans une chaise roulante. C’était une soirée chaotique : il y avait des invités inattendus, Luc venait manger, Sandra s’était invitée à venir manger une demi-heure avant le repas, chacun de nous avait encore d’autres projets pour la soirée et en plus, nous devions régler le transport de Luc. Nous servions le repas et Luc s’asseyait à table. Mais, à cause de la chaise roulante de Luc, la porte ne se fermait pas. Alors, nous avons poussé la table. Catastrophe ! J’avais oublié d’enlever la casserole avec les boulettes de hachis en sauce tomate et la casserole est tombée. Par terre, il y avait une flaque de sauce tomate, avec plein de boulettes de hachis ! Panique ! Nous n’avions plus de repas et la salle à manger était sale, comment commencer à nettoyer ? Je n’ai pas vraiment un esprit pratique et je m’arrachais les cheveux. Finalement, j’ai éclaté de rire et au bout de quelques minutes, tout le monde se tordait de rire. Mia disait : « Quelqu’un a explosé ! », « C’est Rita », disait Sofie, « car je ne la trouve plus dans la maison. » Mia est allée chercher un torchon et un seau avec de l’eau. Sandra a cherché une ramassette pour ramasser la sauce. Klaas est allé à la cuisine pour improviser un nouveau repas. Sofie a poussé les tables. Et moi, j’étais là et je regardais… Tout comme Luc. Quoique, Luc encourageait tout le monde, en disant : « Ouf ! C’est beaucoup de sauce. Il faut bien nettoyer ça, hein. Regardez, Mia prend un torchon et ainsi, tout devient propre. Ouf, Sandra ramasse bien la sauce. Et Klaas est déjà en train de faire un autre repas. C’est bien, dites.”

Après une demi-heure, nous étions de nouveau assis autour de la table propre, dans une salle à manger propre, encore avec les larmes aux yeux après notre rigolade. Nous avons mangé le repas improvisé, qui était doublement mérité et donc encore meilleur.

Ceci n’était clairement pas un acte du Cirque du Soleil, où tout se passe parfaitement. Nous sommes un peu moins adroits… Mais, ensemble, nous avons nettoyé tout le bazar en une demi-heure et, tout comme les acrobates, chacun a fait ce qu’il devait faire. Ce n’était pas important qui avait un handicap et qui n’en avait pas, ni qui d’entre nous était un habitant de la maison. Tout le monde a fait ce qu’il pouvait et ensemble, nous avons bien rigolé.

Après le repas, Luc a dit qu’il voulait me parler. J’étais stressée, je me disais : « Ouf, il doit être quand même bien bouleversé après notre petit accident et il veut me le dire. » Par contre, il m’a dit : « J’aimerais bien aller me promener avec toi à Anvers. J’aimerais bien aller regarder les bateaux avec toi, et puis aller prendre un café. J’aimerais bien faire ça. » Alors je me suis rendu compte: “Cet homme m’aime vraiment bien. Il s’en fout que je suis tellement maladroite et que je laisse tomber tout le repas par terre. Cet homme me voit comme Anja et veut faire quelque chose de gai avec moi.»


Un samedi après-midi, nous sommes allés nous promener dans le port d’Anvers. Il faisait froid, il pleuvait, il y avait du vent, il n’y avait personne dans les rues, les feuilles mortes rendaient la promenade avec la chaise roulante difficile et le chemin était cahoteux. Nous avions donc mille raisons pour ne pas jouir de la promenade. Et Luc s’écriait tout le temps : « Oh, regarde, ça c’est un grand bateau ! Il y a de belles couleurs sur ce bateau-là. Il y a des gens sur ce bateau et la lumière est allumée. Et là, on est en train de nettoyer le bateau. Et il y a un bon petit vent. C’est chouette d’être dehors. Et les couleurs des feuilles sont si belles.”

Nous avons regardé les bateaux et nous avons joui du temps d’automne. Et je me disais: “Quel homme ! Quel est le secret de son art de vivre ? Il est dans une chaise roulante et il a besoin d’aide pour se lever, se laver, manger, se déplacer. Il est vite fatigué, il ne peut pas se défendre, se laisse facilement faire. Il est tellement vulnérable et en même temps il a tant de force. Il sait jouir de la vie. Il sait se faire soigner. Il fait confiance aux gens. Et il les porte dans son coeur. Il te demandera toujours comment tu vas et écouteras toujours tes histoires avec beaucoup d’intérêt. Il écrit des lettres à tous ses amis et leur téléphone régulièrement. Quel homme magnifique ! Si seulement je pouvais être un peu comme lui. »

Je pense au Cirque du Soleil. C’est comme si, à L’Arche, j’entrais dans le monde avec un autre regard. Un monde dans lequel nous vivons ensemble, avec des gens que nous n’avons pas choisis, dans lequel nous nous engageons pour ceux qui sont les plus vulnérables dans notre société, dans lequel nous nous laissons toucher et transformer par les personnes avec un handicap, dans lequel nous permettons les personnes avec un handicap d’être les metteurs en scène de notre communauté et d’une bonne partie de nos vies, dans lequel nous apprenons à vivre avec nos propres limites et notre faiblesse. Et dans ce monde, nous faisons des manœuvres impossibles, nous nous penchons, flottons dans l’air, volons, nous nous lançons et nous nous bousculons. Quel chantier, chez nous aussi. Mais quand chacun fait ce qu’il doit faire, nous sommes en train de réaliser l’impossible. Et quand je regarde tout cela à distance, je me dis souvent : « L’ensemble est un régal pour les yeux. »

Veux-tu participer à notre monde fou et beau ?




 

 

Citoyens à part entière...

Il est important d’identifier la valeur et la place des personnes ayant une déficience intellectuelle au sein des différentes traditions religieuses et culturelles. Par cette réflexion seulement la communauté internationale pourra pleinement accueillir et encourager ces personnes à assumer leur rôle dans notre société.


 

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